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Mouton Rothschild : Etiquettes d’artistes

Mouton-Rothschild est une des marques de luxe les plus connus dans le monde. Son rang de Premier Cru Classé l’a imposé comme l’un des ambassadeurs de l’art de vivre français à l’étranger. Son existence est assez récente puisque c’est en 1850 que le Baron Nathaniel de Rothschild, passionné de vins, achète aux enchères les vignes du Château Brane Mouton à Pauillac. Le château atteint son apogée sous le règne de Philippe de Rothschild après 1945. C’est aussi à cette date que naît la tradition que chaque millésime soit habillé par un artiste… au grand bonheur des collectionneurs.

Philippe de Rothschild et Jean Carlu
En 1924, pour annoncer une importante modification dans les techniques employées à la vinification du Mouton-Rothschild, le Baron Philippe avait déjà eu l’envie d’écorner l’étiquette de son vin. Et avant que cette envie ne deviennent manie après guerre, il fit appel à un jeune affichiste, Jean Carlu, pour habiller ce millésime du renouveau. Carlu, âgé d’à peine 24 ans, apporta sa touche graphique en épurant l’étiquette très chargé de l’ancienne génération.

En faisant appel à ce jeune affichiste, Philippe de Rothschild ne souhaitait pas juste assouvir ses désirs artistiques. En effet, Carlu, un an plus tôt, avait redessiné un produit qui connut ensuite un succès commercial retentissant, le Monsavon. Et proposant son style graphique sur l’étiquette du sacrosaint Mouton, il répond à la volonté du propriétaire d’imposer le style Rothschild au goût de l’époque.

Cette étiquette va orner les bouteilles de Mouton-Rothschild jusqu’en 1945.

La Libération
Le règne « Carlu » s’acheva à la libération. 1945 fut une date historique pour la France, bien sûr, mais aussi pour le vin. Les raisins libérés produisent l’un des meilleurs millésimes de l’histoire du domaine. Et pour fêter ce double événement, Philippe de Rothschild appelle un jeune peintre pour esthétiser cette période sur l’étiquette de cette année. Le jeune peintre Philippe Jullian se charge d’imposer le V de la victoire sur le papier. Mais ce qui ne devait qu’une exception devint tradition, puisque Philippe de Rothschild initia le mouvement perpétuel : 1 millésime = 1 artiste.

Pendant une dizaine d’années, le Baron se tourne vers son cercle d’amis qui compte nombre d’artistes influents de l’époque. On voit donc apparaître des étiquettes signées entre autres Carzou, Cocteau ou Laurencin.

A partir de 1955, Philippe de Rothschild va donner une dimension mythique à son étiquette en demandant à Georges Braque de réaliser l’étiquette. A partir de ce moment-là, chaque artiste choisi sera de renommée internationale. La liste des créateurs ferait pleurer beaucoup de conservateurs de musées d’art moderne et contemporains : Dali, Miro, Chagall, Kandinski, Soulages, Picasso…

Dans les années 70, l’ambition commerciale internationale s’accompagne de dessins venant d’artistes vivant à l’étranger (Bacon, Baselitz, Haring, Warhol…).

Ylia Kabakov est le dernier artiste à habiller un millésime en 2002. 2003 est un hommage aux 150 ans du domaine.

L’artiste est libre de créer, en fonction des dimensions de l’étiquette. Bien entendu, les armes et le symbole (le bélier) doivent apparaître, ainsi que les informations légales de l’étiquette. La récompense n’est pas pécunière mais liquide.

Les « non-millésimes »
Comme toujours, la règle connaît ses exceptions. Ainsi, vous ne trouverez pas d’oeuvre d’artistes en 1953 et 1977. La première date fête les 100 ans de la création du château en tant que Mouton-Rothschild. Un médaillon de Nathaniel de Rothschild orne l’étiquette. En 1977, l’étiquette célèbre la visite de la Reine-Mère d’Angleterre.

Deux autres millésimes sont mis à part. L’oeuvre de Kandinsky en 1971 est offerte par sa dernière compagne au château. Le peintre est mort en 1944. Et en 1973, selon le même procédé, Paloma Picasso offrira une reproduction des Bacchanales de son père.

Et à ceux qui imaginent une collection ronflante, sans vagues, Balthus les réveille en provoquant un scandale planétaire. Son illustration représente une jeune adolescente nue et lassive. Une pose, pourtant largement utilisé dans l’oeuvre du peintre, qui choque outre-atlantique au point de menacer d’interdire l’importation de ce millésime. L’adolescente fut enlevée, les 2 étiquettes devinrent cultes.

2000 marque les esprits car le vin est proposé…sans étiquette papier.