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Petrus : Le vin, la légende

Mythe parmi les mythes, Petrus est un nom emblématique du monde du vin. Chaque année, au moment de la mise sur le marché des vins en primeurs, l’offre de Petrus ne dure que quelques minutes, alors que les prix sont parmi les plus élevés. D’ici quelques semaines, des milliers d’amateurs tenteront de glaner à (presque) tout prix quelques précieux flacons.

Pourtant, cette légende ne peut venir de la démesure de son architecture. Quiconque à pénétrer sur ses terres a pu se rendre compte que de château ne s’érigeaient que quelques pierres sans artifices et surtout sans personnalité. Petrus avance nu, seul son terroir et son histoire l’ont porté au firmament des vins.

Mais Petrus va au-delà de son contenant. Son nom aux consonances latines est aussi devenue une marque portant le prestige des vins de Bordeaux, et français en général, hors des frontières. Des amateurs classiques aux plus jeunes consommateurs d’aujourd’hui, le nom de Petrus résonne comme une marque d’excellence, mais aussi – et on ne peut y échapper – comme un signe social et socio-professionnel très « marqué ».

Petrus : son histoire

Avec un tel nom, on aurait pu vous raconter l’histoire de ce domaine à travers des siècles et des siècles. Vous dire que déjà au XII ème siècle, le vin de Petrus était le préféré de la cour de Philippe Auguste. Malheureusement, le mythe Petrus est très récent. Son nom ne provient d’aucuns descendants romains, mais du lieu-dit sur lequel sont installées les terres du domaine. Né au XIXème, il ne brille pas pour son excellence à l’époque. C’est à partir de 1925, lorsque la famille Arnaud revend le domaine à la famille Loubat que le mythe va se mettre en place. Persuadée de l’excellence de ses terres au regard de la « noble » production médocaine, Madame Loubat bouleverse la production du vin et réduisant au minimum les rendements des vignes. Par exemple, le choix de chaque raisin se fait à la main.
Le mythe naît aux lendemain de la guerre grâce à un millésime 1945 d’anthologie. En 1961, sans descendance directe, c’est Madame Lacoste et Monsieur Lignac qui en hérite, avant que la famille Moueix ne rachète les parts de ce dernier.

C’est aussi sur le terrain juridique que le nom de Petrus est revenu sur le devant de la scène récemment, puisqu’une enquête est en cours au sujet d’une « dilapidation présumée » du patrimoine de Lily Lacoste, 98 ans, co-propriétaire de Petrus, par certains de ses proches et notables de la région. En quelques années, la riche propriétaire s’est delestée du Latour à Pomerol, du Chateau Lafleur, pour 60 millions d’euros. Et la justice semble s’interroger sur certaines manoeuvres effectuées en son nom.

Petrus aujourd’hui

Malgré les siècles, on peut toujours parler de mythe pour Petrus. Il est l’un des noms les plus associés au monde du vin par la population. Il représente également un rêve pour la plupart des amateurs.

Mais aujourd’hui qui boit du Petrus ? On pouvait craindre que Petrus ait perdu de son clinquant au fur et à mesure qu’il se recouvrait de poussières. Mais son succès et sa reconnaissance se perpétuent, alors que son classicisme est une anomalie dans un monde du vin en nécessaire mutation. Ses propriétaires représentent une idée du bordelais aux valeurs plutôt conservatrices et traditionnelles. Son prix et sa rareté lui ont fait devenir le vin d’une élite financière mais aussi gustative. En effet, l’apprécier à sa juste valeur nécessite un vrai travail pour son palais au préalable. On ne s’improvise pas amateur de Petrus.

Mais l’excellence a un prix. Et il est étonnant aujourd’hui de constater que les grands amateurs de vins excusent tout écart de prix à ce Petrus, qu’ils ont du mal à pardonner aux premiers crus classés du médoc, pourtant meilleur marché. Mais sa valeur financière fonde aussi sa légende. C’est un signe qu’il se place au-dessus des autres. Imaginez-vous un jour un chateau Petrus à 25 € ? Personne ne l’imagine et ni même le souhaite. Petrus est toujours une exception à tous les niveaux.

Acheter du Petrus en Primeurs représente un bon investissement. Les spéculateurs ont vite flairé la belle affaire. Mais il n’est pas si aisé de revendre ses anciennes bouteilles de Petrus, tant le marché des bouteilles anciennes du prestigieux Pomerol est réservé à une clientèle rare. Et le château gère de mains de maître la vente et la revente de ses bouteilles.

Et sans donner l’air d’en faire, Petrus maîtrise totalement sa politique marketing et communication. Son positionnement est justement d’être hors du temps et de la mode.

Il est encore loin le temps où le château Petrus devra recouvrir aux foires aux vins pour écouler sa production. Néanmoins, certains millésimes peinent à séduire certains grands dégustateurs – américains surtout – au regard d’autres vins au style moderne. Ainsi, le gourou international, Robert Parker, attribue des meilleures notes chaque année à une vingtaine de château bordelais. Et si on classait bêtement l’ensemble des châteaux mondiaux notés par l’américain, Petrus ne figurerait peut-être plus dans les 100 premiers.

Mais pendant encore de nombreux millésimes, le nom de Petrus fera rêver plus d’amateurs qu’il n’y aura de bouteilles disponibles.