Vin qui rend fou

Vin qui rend fou : caractéristiques et interdiction

La culture des vignes remonte au fond des âges. Déjà en 6000 AV JC, on retrouve les premières traces de plantations dans le Caucase et la Mésopotamie. On passe donc progressivement de l’exploitation de la vigne sauvage, à la culture de celle-ci ; afin de produire du vin notamment. L’histoire du vin n’a pas toujours été un long fleuve tranquille, et c’est ainsi qu’on retrouve l’épisode du vin qui rend fou. Vous aussi, cela vous intrigue ? Quels sont les cépages interdits ? Pourquoi dit-on que leurs vins rendent fous ? Quels sont les enjeux actuels de leur réintroduction ?  Profitez de nos formations afin d’éviter tous les pièges du secteur.

À RETENIR : Quels sont les vins qui rendent fous ?

A vrai dire, il existe 6 cépages interdits. C’est-à-dire que leur commercialisation, ainsi que la vente des vins issus de leurs vignes sont prohibées. Ci-après la liste :

  • LE CLINTON ;
  • LE NOAH ;
  • L’OTHELLO ;
  • LE JACQUEZ ;
  • L’ISABELLE ;
  • L’HERBEMONT ;

Mais que s’est-il passé pour qu’on en arrive à cette situation ? Faisons la lumière sur cette affaire !

Caractéristiques de ces Cépages

Une des caractéristiques de ces vignes est le fait qu’elles viennent toutes du continent américain. L’autre caractéristique réside dans le fait qu’elles sont issues de l’hybridation de vignes d’autres espèces que celle dont on a l’habitude (La Vitis Vinifera) ; à savoir la Vitis labrusca et la Vitis vulpina. Ces nouveaux plants seront bien plus résistants que ceux du vieux continent et donneront des vins avec une quantité d’alcool acceptable, mais pas très qualitatifs.

  1. LE CLINTON 

Hybride naturel planté pour la première fois par Hugh White à College Hill aux Etats Unis. Il fournit des grappes moyennes d’un noir bleuté et donne un jus coloré.

  1. LE NOAH 

Le plus connu de tous les cépages interdits. Il a été obtenu à partir d’un semis de pépins de taylor (hybride naturel de labrusca et du riparia) effectué en 1869 par Otto Wasserzicher à Nauvoo, dans l’Illinois. Ces grappes sont de taille moyenne et de couleur vert pâle, à pulpe molle et visqueuse.

  1. L’OTHELLO

L’Othello est obtenu à partir d’un croisement entre le clinton et le black-hambourg (frankenthal) obtenu en 1859 par Charles Arnold, dans l’Ontario au Canada. Il donne des grappes de taille moyenne avec de gros grains, d’un noir bleuté à pulpe molle.

  1. LE JACQUEZ 

C’est l’hybride naturel de Vitis Aestivalis qui a été le plus multiplié dans le Monde. Il donne de grosses grappes, avec de petits grains bleutés et au jus coloré.

  1. L’ISABELLE 

Il a été créé aux Etats Unis par Isabelle Gibbs, à qui elle a donné son nom. Avec des grappes moyennes, elle donne des grains noirs avec une pruine très abondante.

  1. L’HERBEMONT

Ce cépage originaire de la Caroline du sud (Etats unis), fut multiplié au début des années 1 800 par un français, originaire de Champagne, Nicholas Herbemont. Il donne des grappes de taille moyenne avec des baies petites irrégulières de couleur noir violacé/noir rougeâtre à noir foncé à pleine maturité recouverte d’une belle pruine. Sa chair est tendre et juteuse sucrée à saveur simple, jus incolore ou légèrement rosé.

Bon à savoir :

Certains cépages comme le Baco et l’ Oberlin ont subi également une campagne de boycott de par leur nature hybride. D’origine française, ces deux cépages sont actuellement utilisés dans les vignobles du Languedoc-Roussillon pour l’un et dans la Provence Corse pour l’autre.

Point à retenir :

Les Cépages interdits n’ont en somme aucune bonne raison d’être bannis, si on ne les juge que d’un point de vue biologique. Mis à part leurs vins de moindre qualité, on ne peut leur reprocher grand-chose et ne représentent pas un danger sanitaire.

L’interdiction

Pour mettre en lumière les causes réelles de l’interdiction, plusieurs aspects de cette affaire doivent être revus.

  1. Rappel des faits 

Le 24 Décembre 1934, l’administration française émet une loi qui interdit «de vendre sur le marché intérieur, ainsi que d’acheter, de transporter ou de planter les cépages énumérés ci-après : noah, othello, isabelle, jacquez, clinton, herbemont ».

Les raisons officielles mettaient en avant le fait que ces cépages pouvaient donner des vins avec des taux de méthanol supérieurs à la moyenne et un goût foxé (rappelant l’odeur du renard) très désagréable. On dit alors que ces vins rendent fous et aveugles.

  1. La crise du  phylloxéra

Fin du XIXe  siècle, la viticulture française fait face aux ravages du phylloxéra. Cet insecte introduit par erreur en Europe et originaire des Amériques, a décimé les vignes françaises. Ne trouvant plus de solution, les vignerons se résolurent à faire se reproduire les vignes européennes, avec leurs cousines venues du continent américain beaucoup plus résistantes. Cette opération  a permis l’émergence de nouveaux cépages hybrides qui se sont rapidement étendus sur le territoire.

Peu après, on découvrit une autre méthode pour combattre cet insecte : le greffage. En somme, il suffirait d’associer un pied de cépage américain (le phylloxéra s’attaquant aux racines) avec des bois issus de nos vignes traditionnelles pour résoudre le problème. Cette pratique permettrait la sauvegarde des qualités gustatives des vignes classiques.

  1. La crise viticole des années 20

Nous nous retrouvons donc avec deux catégories de vignes : les hybrides et les nobles. Le problème du phylloxéra résolu, les cultures prospèrent. Tant et si bien qu’une surproduction touche la filière et fait chuter les cours, avec l’offre trop abondante.

Il faut impérativement limiter la quantité de vin produite. Pour cela, les grands industriels et les notables de l’époque, adeptes des cépages nobles décident d’interdire la culture des hybrides, eux étant l’apanage des paysans. Ils invoquèrent alors les « risques » sanitaires des vins issus d’hybrides, ainsi que leur qualité médiocre pour les évincer du marché. Surtout que dans les années 30, la France développait les appellations que l’on retrouve aujourd’hui et il fallait éliminer la concurrence.

  1. De nos jours : les enjeux de leur réintroduction

De nos jours, de nombreux spécialistes militent pour la réintroduction de ces cépages dans le paysage viticole. En effet, le secteur est actuellement au centre d’un débat écologique, sanitaire et économique. L’utilisation massive de pesticides et autres produits chimiques donnent mauvaise presse à la viticulture, avec les conséquences afférentes. L’utilisation des hybrides plus robustes permettrait la limitation de l’utilisation de ses produits.

Bon à savoir :

En 2003, le décret d’interdiction a été abrogé. La culture des vignes est tolérée, mais la commercialisation reste interdite.

Point à retenir :

Le décret d’interdiction n’a donc aucun réel fondement. Il est juste basé sur une volonté commerciale des puissants à valoriser les cépages locaux et à évincer les hybrides qui les concurrençaient. A voir si le contexte actuel amènera à leur réintroduction.

Les hybrides ont donc juste été victimes de leur mauvaise qualité et du chauvinisme des acteurs du vin de l’époque. Actuellement, il faudrait faire la part des choses en trouvant des solutions pour les réintroduire, sans impacter l’économie viticole car cette fois, de réels enjeux sanitaires sont sur la table.